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Est-on injustes avec Aliou Cissé? #Contribution

Aliou Cissé est clivant. Alors que le Sénégal vient de valider sa qualification pour les barrages en vue du Mondial 2022, le sélectionneur a encore essuyé beaucoup de critiques. Au lieu de recevoir plein d’éloges. Malgré ses bons résultats, il peine à faire l’unanimité au pays de la Téranga. Abusif?

« Nul n’est prophète en son pays», a-t-on l’habitude de dire. Aliou Cissé est bien placé pour comprendre le sens de ces propos évangéliques. Mais le sélectionneur est loin d’être une exception. D’autres joueurs sont également passés par le box des coupables du tribunal de l’exigeant public sénégalais. Au pays de la Téranga, les critiques sont parfois tellement acerbes qu’elles se transforment souvent en acharnement. Sadio Mané n’y a pas échappé. Avant son retour en grâce, le Scouser avait été vertement tancé. Parce que les Sénégalais ne pouvaient comprendre qu’il brille avec les Reds sans pour autant rééditer ses exploits sur les pelouses anglaises et européennes en sélection. D’où son surnom de l’époque: « Samba Alaar ». Alors que les deux environnements n’étaient pas les mêmes. Ni les coéquipiers d’ailleurs, encore moins le coach. Il a fallu un mix de mental du « Diato », un peu de compassion de la part des Sénégalais et la présence de Krépin Diatto au milieu pour que Sadio Mané puisse enfin commencer à s’épanouir avec les Lions. Saliou Ciss a également fait partie des victimes expiatoires. Le joueur de l’AS Nancy avait subi une violente campagne sur les réseaux sociaux avant la Coupe du monde 2018. Il avait dû déclarer forfait. Pour sortir du contexte africain, Didier Deschamps a emmené la France en finale lors de l’Euro 2016 et offert aux Bleus leur deuxième étoile. Néanmoins il a souvent été confronté à des critiques sur le jeu. Zinedine Zidane a permis au Real Madrid de gagner successivement trois Ligues des champions. Ce qui relève d’un miracle. Mais quand il a eu de mauvais résultats, la presse madrilène a réclamé son départ. Fabio Capello, qui avait pourtant sacré les Merengue en 2007 après trois ans de disette, fut remercié. Le bord du club de la capitale espagnole reprochait à l’Italien la pauvreté du jeu. C’est ça le haut niveau. Rien n’est figé. Même quand on (a) fait des exploits. Donc qu’Aliou Cissé puisse être remis en cause sans état d’âme n’est guère surprenant.

Aliou Cissé n’a (encore) rien gagné

Tout le monde est conscient de la qualité de ce groupe. Beaucoup se montrent désormais perfectionnistes. Être exigeant avec Aliou Cissé, ce n’est pas oublier le bon travail qu’il a fait depuis son arrivée en mars 2015. Rembobinons un peu le film de nos campagnes sur la scène continentale avant son intronisation et on saura qu’il a apporté à cette sélection. Avant sa venue, le Sénégal avait longtemps bu le calice jusqu’à la lie. Personne ne dira le contraire. Mais il convient de se projeter. De ne pas s’arrêter sur ses résultats bruts. Car jusqu’ici, malgré ses chiffres flatteurs, Aliou Cissé n’a (encore) rien gagné. Et seul un titre pourrait lui permettre d’écrire la plus belle page de l’histoire du football national. Les Sénégalais sont en droit d’attendre plus de lui. Parce qu’il a le matos, pour offrir au Sénégal son premier sacre. Un objectif réaliste. Pendant que les Lions de la Téranga disputaient le Mondial en 2018, l’Algérie était en reconstruction. Pourtant il n’a fallu que quelques mois à Djamel Belmadi pour gagner la CAN. Depuis lors, les Fennecs sont devenus une machine redoutable qui marche sur ses adversaires. L’Algérie est joueuse et a un vrai plan de jeu contrairement au Sénégal. Pourtant le Sénégal dispose d’une excellente colonne vertébrale (Edouard Mendy, Kalidou Koulibaly, Idrissa Gana Guèye, Sadio Mané) et d’une bonne ossature (joueurs présents depuis la CAN 2017). Pourquoi cette différence de niveau? Parce que le sélectionneur algérien a entraîné en club. Ce qui n’est pas le cas d’Aliou Cissé. Il a été parachuté numéro un (car les Sénégalais en avaient marre des « sorciers blancs ») alors qu’il avait une faible expérience sur le banc. Et il traîne cet handicap comme un boulet. Malgré toute sa bonne volonté. C’est pourquoi il peine à avoir un plan de jeu cohérent, à résoudre certaines équations tactiques. Le départ d’Omar Daf est une grosse perte. Un profil comme celui du Lion de Franche-Comté est nécessaire pour épauler le sélectionneur.

Aliou Cissé a jusqu’ici rempli tous ses objectifs. Contrairement à certains fédéraux, il y a des Sénégalais qui ne sont pas suffisants. Qui savent que gagner une CAN ne se fera qu’avec une exigence beaucoup plus élevée. Les critiques constructives-et non les arguments dénués d’objectivité – ne sont destinées qu’à bonifier l’équipe. Être sur le toit de l’Afrique au Cameroun est une demande nationale. Une revanche pour nos aînés.

 

Moussa Sarr

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